ECOUTER LA PLAINE ET NOAILLES


La Place Jean-Jaurès, dite La Plaine, est la plus grande place du centre-ville de Marseille. Jusqu’en octobre dernier, il s’y tenait trois fois par semaine un des plus importants marché d’Europe, qui permettait à des milliers de personnes de se nourrir et s’habiller à moindre coût. Dans une ville connue pour son manque d’espaces verts (une feuille A4 par personne!), La Plaine était aussi un lieu de rencontre et de flânerie pour des personnes de tout âge et de différents milieux sociaux et économiques. Son quartier, bien connu pour son activité militante, accueille de nombreux lieux alternatifs (café, salles de concerts, librairies, …), aussi bien que des écoles, des petits restaurants et commerces, et bien sûr beaucoup d’habitations. Depuis des années, les usager.e.s de la place ont déploré sa détérioration progressive. A maintes reprises, il a été demandé à la Mairie de rétablir l’éclairage public la nuit, de faire installer des tables et des bancs, de dératiser la zone, d’assurer son nettoyage… Les demandes restants sans réponses, on y a appris à se débrouiller soi-même pour repiquer l’électricité pour y organiser des soirées, des projections en plein air et des concerts, ou encore pour construire du mobilier en bois et des toilettes sèches.

Pour que tout le monde se mélange, il faut que certains partent ». Gérard Chenoz, directeur de la Soleam, à propos de la Plaine.

En 2011, la Mairie de Marseille lance l’opération Grand Centre Ville, un projet de rénovation du centre de Marseille qui s’étend sur 35 « pôles ». La Place Jean Jaurès figure parmi ceux-ci. C’est le début de la phase de requalification, prise en charge par la SOLEAM, la société d’aménagement de la Métropole. Alors que les besoins de la ville sont criants - pour l’entretien des écoles ou la construction de crèches notamment -, la municipalité prévoit d’injecter 20 millions d’euros pour un projet visant à rendre plus attractif un quartier déjà très populaire dans tous les sens du terme. Derrière l’expression de « montée en gamme » si en vogue dans la bouche des spécialistes en marketing, se dissimule la volonté des aménageurs et des promoteurs de transformer les espaces urbains à des fins de spéculation immobilière. La rénovation de La Plaine s’inscrit alors dans une stratégie globale de « reconquête » du centre-ville de Marseille. Son but : intensifier l’éviction des habitants appartenant aux classes populaires pour livrer cette partie de la ville au tourisme.

La première cible du projet de la Soleam est le marché qui se tient sur la place. Outre le préjudice économique et social, les déclarations de nombreux élus municipaux laissent entendre le mépris à l’encontre d’une partie de la clientèle, jugée trop pauvre et incapable de valoriser l’espace. De même, les usages multiples de la place, le dynamisme bigarré du quartier et sa vie nocturne sont dans le collimateur de la Soleam, qui reste sourde aux critiques émises lors des séances de concertation publiques qu’elle a elle-même organisées.

La stratégie de la mairie se dessine: laisser pourrir des quartiers entiers, notamment par le biais des partenariats publics-privés, pour ensuite justifier des plans de rénovation titanesques permettant de gentrifier rapidement le centre-ville. Noailles, quartier voisin de la Plaine, signale depuis des années sa détérioration: habitat insalubre, lacunes du service public, mauvaise gestion de l’entretien des espaces communs… Moins d’une semaine après la pose du mur de la Plaine - qui sert à empêcher aux militants d’accéder au chantier et qui aura coûté 400 000 euros - , le n°63 de la rue d’Aubagne s’effondre en entraînant son voisin, le n°65. Huit personnes trouvent la mort.

Le collectif Copie Carbone se forme à l’automne 2018, au début des travaux de la Plaine. Il tente de documenter par le son les événements qui, depuis, agitent le centre-ville de Marseille.

1. MINUTES LA PLAINE NOAILLES













2. LA "CONCERTATION"






3. LE DEBUT DES TRAVAUX







4. LE MUR






5. MARCHE FUNEBRE : ENTERREMENT DE LA CONCERTATION MUNICIPALE




6. NOAILLES : MARSEILLE S'EFFONDRE